Du monde arabe

Depuis la fin du 19ème siècle, l'égypte possède un grand marché de distribution qui couvre tous les pays du monde arabe. Les pays colonisateurs dans cette émancipation du marché cinématographique ont tenu un rôle important et même essentiel. En égypte, l'Angleterre a participé au développement du cinéma en construisant des salles pour distribuer les films occidentaux afin que le peuple adopte les principes occidentaux de capitalisme et de socialisme. Serge Tchakhotine, dans son œuvre le viol des foules, tire la conclusion que la radio hitlérienne a permis le contrôle des esprits lors de spots publicitaires (thèse inspiré de la psychologie sommaire du réflexe conditionné). Nous pensons que cela a été aussi extrêmement utilisé dans le 7e art, mais aussi combattu lorsque cela se retourne contre le gouvernement.

Mais si beaucoup de films étrangers sont projetés, la production de films égyptiens n'est pourtant pas éteinte. Ces productions constituent une menace pour les films occidentaux d'une part et d'autre part pour la présence anglaise en égypte dans le sens où ces films sont d'inspirations indépendantiste et pour la liberté des citoyens.

Le cinéma est alors considéré comme une arme critique beaucoup plus dangereuse que les autres expressions artistiques. En effet, le cinéma ne demande pas de posséder un capital culturel élevé. Il touche donc une véritable masse. Les colons décident alors d'appliquer une censure à cette expression. Touchant ainsi tous les domaines de la vie quotidienne (mœurs, politiques, religion), cet outil culturel devient un outil de propagande et d'éducation allant dans le sens de ceux qui la détiennent. Nous parlons là de propagande politique ou idéologique, le but étant d'orienter l'opinion publique dans la direction du gouvernement anglais.

En effet ce souffre intellectuel, semble avoir permis aux gouvernements successifs de diriger le peuple à travers le cinéma. Mais alors comment cette censure a-t-elle évolué et surtout quelles ont été les conséquences de son application sur les productions cinématographiques égyptiennes: dans quels sens l'a-t-elle dirigé? De quelles manières? Mais aussi quelles ont été les réactions à ces interdits dans le monde du cinéma égyptien?

Pour tenter de donner des éléments de réponses, nous mettrons en valeur une chronologie de l'évolution de la censure cinématographique en égypte, afin de mieux comprendre et expliquer les conséquences de la censure sur la réalité égyptienne.

Fin du 19ème siècle, quand l'égypte est encore une colonie anglaise. Le 16 novembre 1881 est promulguée la première loi sur la censure, afin de maitriser les élans révolutionnaires de la presse et de limiter la liberté d'expression, ou du moins la contrôler, elle va s'élargir en 1904 en englobant le monde du cinéma. La censure cinématographique est donc dans un premier temps mise en place par une loi.

Ce n'est qu'en 1914 qu'elle est officiellement instituée et dépend du ministère de l'Intérieur. Interdisant une multitude de champs d'investigations, elle ne laisse plus beaucoup de sujets à exploiter pour les cinéastes. Non seulement il faut s'abstenir d'attaquer ou de critiquer les étrangers, les fonctionnaires et la religion, mais il est également interdit de montrer les situations paysannes et ouvrières, de réfléchir des positions nationalistes, socialistes ou de critiquer toutes monarchies présentes ou passées. Dans ce cadre on peut se demander quelles ont été les réactions du monde du cinéma à ces interdits?

Malgré une surprenante acceptation de la censure car elle semble inévitable, les tensions que connaissent l'égypte en 1919 vont bouleverser toutes les formes d'expressions artistiques. Le 9 mars 1919, une révolte nationaliste prend forme contre le refus des anglais de rendre à l'égypte son indépendance. A partir de ce moment, la volonté de représenter, décrire et critiquer la réalité sociale égyptienne atteint toutes les expressions artistiques et le cinéma semble le meilleur outil pour l'analyse et la distribution de cette situation sociale.

En 1928, le premier conflit éclate à propos du film Mohamed le Prophète. Ce film prônant les valeurs de l'Islam et commandé par le gouvernement d'Atatürk est censuré par le gouvernement égyptien. Face à des intimidations, le projet est arrêté. Dans ce cadre, nous pouvons nous demander si ce premier conflit fait reculer la production ou au contraire fait ressortir un mouvement de contestation chez les cinéphiles et cinéastes?

Suite aux premiers conflits observés dans les années 1920, un nouveau courant intellectuel émerge en parallèle à la création des Studios Misr en 1935. Avec ce nouveau mouvement nationaliste et progressiste, le cinéma veut s'occuper de problèmes sociaux et du phénomène colonial, comme l'a fait par exemple Kamal Selim en réalisant son film La Volonté en 1939 exposant le chômage des intellectuels. En dénonçant la présence anglaise et en montrant la situation des citoyens égyptiens, c'est un véritable éveil de la conscience du peuple qui est visé, incitant à la révolution. Le cinéma prend alors son rôle d'arme contre les colonisateurs en mettant place une véritable ùpropagande sociologique», dont le but est de faire adhérer les masses à un ensemble d'idées et de valeurs, à les mobiliser (Jacques Ellul).

Pour contrer cet ùautre cinéma», le gouvernement met en place en 1947 des ordonnances pour surveiller les films politico-révolutionnaires qui démontrent et analysent la réalité sociale égyptienne avec des images très fortes. Avec ces dernières, il est interdit de filmer tous les problèmes de la réalité sociale, tels que la pauvreté ou les manifestations, mais également de critiquer les dirigeants de l'état. Le but de ces ordonnances est clair: lutter contre les mouvements sociaux conduits par des jeunes réalisateurs et auteurs touchés par les problèmes sociaux, politiques, économiques et culturels. La mise en place de ces directives semble dévoiler en fait un autre problème, celui de la faiblesse du régime politique, obligé de légiféré sur ses arts pour contrôler son peuple.

Nasser amorcera le 23 juillet 1952, le processus d'indépendance proclamé deux ans après. La loi de 1948 est retirée et remplacée par un organisme s'occupant du cinéma auprès de l'état. Mais alors quelles vont être les relations entre cet organisme et les productions cinématographiques? Le régime nassérien encourage-t-il le progrès en diminuant la censure ou au contraire l'accentue?

A partir de là, l'état égyptien prend en charge le cinéma. En réglementant les expressions artistiques dont les bandes cinématographiques, elle protège les mœurs, maintient l'ordre public et protège les intérêts de l'état, permettant une large appréciation des censeurs. Puis de 1963 à 1965, de nouvelles sociétés cinématographiques émergent dans le but d'améliorer les productions du cinéma arabe mais surtout pour développer et propager les nouvelles pensées arabes. A cette époque nous pouvons penser à un recul de la censure. Cependant, nous pensons plutôt à une influence des nouvelles sociétés par des attributions de prix et des subventions pour films allant dans le sens de ses nouvelles valeurs, comme facteurs de bon développement des productions cinématographiques. C'est donc une ùcensure» officieuse qui frappe aveuglement le cinéma.

En 1969 le film Un soupçon de peur réalisé par Hussein Kamal, créa la polémique. Pour ce long métrage, la censure hésita à interdire le film critiquant la révolution et Nasser (celui-ci approuva le film). Une censure apparemment plus souple, des nouvelles sociétés cinématographiques régulatrices, le cinéma égyptien connait une de ses périodes les plus productives de son histoire. Mais qu'en est-il alors après la mort de Nasser en 1970 et du nouveau régime de Sadate mis en place quant à la politique de censure?

De 1967 à la prise de pouvoir de Sadate en 1970 correspond à une grande agitation dans l'histoire artistique et industrielle du cinéma égyptien. Elle est marquée par la création de plusieurs associations de cinéma dénonçant le secteur public qui paralysent la machine de production et la naissance d'associations culturelles.

Les années 1970 sont marquées par une véritable purge des films et de ceux qui s'y rapprochent. Premièrement, le 14 juin 1972 est adressé une circulaire aux sociétés de productions: les scènes grossières, de sexe et portants atteintes aux bonnes mœurs sont interdites. Dans ce cadre, le film de Khalil Chawki, La folie de la jeunesse suscite une des plus vives controverses avec la censure en montrant à l'écran des sujets interdits a l'époque tels que le divorce et la déviance sexuelle. Ce qui lui vaudra des coupes et une interdiction de projection pendant deux ans. De 1972 à 1973, la censure se durcie et envoie en prison ou à l'inactivité certains réalisateurs. N'y a-t-il pourtant pas un autre fait marquant dans les années 1970 qui amènera un nouveau durcissement de la censure?

En octobre 1973, l'égypte va amorcer sa deuxième attaque contre Israël et du même coup va susciter de vives critiques cinématographiques quand à son échec. Si certains films sont projetés, alors d'autres sont interdits de sorties par le bureau de la censure, comme Le visiteur de l'aube aspirant à la démocratisation de l'égypte. Pour éviter que des films politiques viennent troubler l'ordre public, le gouvernement met en application le 28 avril 1976 le décret 220. En fait, il définit les bases de la censure des productions artistiques en reprenant les ordonnances de 1948 et en y ajoutant quelques interdits supplémentaires concernant la religion, la sexualité ou encore les problèmes sociaux. C'est dans ces similitudes et rajouts que les groupes de cinéma refuse ce décret dangereux pour la liberté d'expression et renforçant le monopole de l'état sur les productions artistiques.

A la suite de l'assassinat d'Anouar el-Sadate le 6 octobre 1981, l'égypte va voir arriver un bouleversement dans la pratique de la censure s'incarnant dans un combat avec la communauté intellectuelle. Ce combat a commencé le 13 aout 1983 par l'interdiction de deux films par le Ministre de la culture après une suite de critiques néfastes parues dans la presse. Deux partis se distinguent alors: ceux favorables à la censure, et les autres. Cette idée qui devient alors progressivement une pression de l'opinion publique et gouvernementale s'étend au monde du cinéma et atteint les syndicats et organisations. Beaucoup de cinéastes cèdent à ces pressions mais quelques uns proposent l'idée que la censure passe entre les mains de la communauté intellectuelle. A partir de ce moment, la philosophie de la censure change et on autorise les films auparavant interdits.

Grâce à ce bouleversement, beaucoup moins de films sont refusés dès 1983. Cet assouplissement a permis une reconnaissance mondiale pour certains films et certains réalisateurs. C'est aussi la délivrance d'un peuple opprimé durant des décennies, désormais capable de s'exprimer ùlibrement». Chahine en est un exemple. Après avoir lutté toute sa vie de cinéaste contre la censure dans son pays, il est récompensé en 1997 à Cannes par le Prix du cinquantième Festival pour l'ensemble de son œuvre.

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